Oui, Nolan, c'est moi! Non, je n'ai pas changé!

La pluie recommençait à tomber sur Cork. L’hiver venait de finir, mais le froid était encore prenant. Depuis deux jours qu’il était dans ce cloché, Nolan n’espérait qu’une chose, le retour de la pluie annonciateur d’un redoux. Les Anglais avançaient lentement. Les premiers éclaireurs n’étaient encore qu’a 5 kilomètres, longeant les bords du fleuve Lee. Trop loin pour la portée de son fusil. Il allait devoir attendre encore un peu. Il avait pris position dès l’annonce de l’entrée des troupes anglaise dans la province du Munster. Mais aujourd’hui ce n’était pas de simples régiments qu’il observait. Ceux là étaient des commandos de marine et avaient débarqués, quelques heures avant l’aube, dans la baie. 25 hommes au total, leur but était certainement de repérer les points faibles de la défense Irlandaise, avant l’arrivée du gros des troupes dans une semaine et, si possible, d’en créer quelques uns.

La province du Munster était la dernière poche de résistance Irlandaise, sans parler des milices de Belfast, et les Anglais pensaient pouvoir la prendre en étau en attaquant simultanément les contés de Waterford et de Clare. Cork serait la prochaine sur la liste et si elle tombait, Belfast serait seule et totalement encerclée.

Son « 338 Lapua Magnum » à Côté de lui, Nolan s’allongea sur le sol du cloché. Les 8 cloches de l’église Shandon n’avait pas sonnées depuis l’annonce du premier ministre Anglais de son désir de réunifier l’Irlande et le bombardement simultané de toutes les grandes villes.

La première bombe tombée sur Cork dérégla définitivement la « menteuse à quatre faces » dont les horloges s’étaient arrêtées à 12h15 à l’est et 12h20 à l’ouest. La bombe, tombée sur le presbytère, cassa le mécanisme mais ne fit pas tomber l’église. L’endroit où se tenait Nolan, était un magnifique site pour un sniper tel que lui. Il avait pris position dans la plus haute partie du cloché, juste sous le dôme et sa girouette dorée en forme de saumon. L’édifice de grès rouge et de pierre calcaire blanche se trouvant sur une colline, permettait d’avoir une vue sur toute la partie basse de la ville et en particulier sur le pont de la rue Shandon. Ce pont, étant un des rares à rester debout, était un point stratégique à défendre. Le temps était venu de monter son fusil. Pour se déplacer facilement, Nolan avait dévissé le canon de 800mm et fixé son arme dans son dos. Lentement, sans perdre le groupe de commando de vue, il tira les deux pièces de son arme, les remontât et se glissa le long du muret du cloché. En position allongé, il était pratiquement indétectable et avait une bonne stabilité pour sa visée. 3000 mètres. La distance idéale pour faire mouche avec ce fusil. Grâce aux électroaimants de son canon, la balle sifflait à plus de 1400m/s et malgré son poids important, 42g, conservait une bonne énergie cinétique à l’arrivée. Les dégâts, à cette distance, même avec un gilet de protection, était impressionnants. A cette distance, tracer sa ligne de mire demandait une grande concentration. Cette ligne imaginaire, une fois en place, ne quittait plus son champ de vision et marquait mortellement toutes ces cibles. Les coudes sur le sol, Nolan observait, par sa lunette de visée, le commando le plus proche. Celui-ci était caché derrière le pied d’un petit pont et attendait le reste de son groupe qui pataugeait dans la boue du lit de la rivière. Augmentant sa concentration, Nolan fit ralentir son rythme cardiaque et sa respiration. Il détendit chacun de ses muscles en commençant par le bas du corps pour finir par les muscles de son bras droit. A ce stade, Nolan était déconnecté de tout ce qui l’entourait. Il ne restait dans sa conscience, que son index de la main droite et la petite ligne rouge qu’il s’était forgé dans son esprit. Le doit dans le pontet, à quelques micromètres de la queue de détente, il voyait déjà le point d’impact de sa balle. Il s’avait déjà quels organes seraient touchés, en l’occurrence la rate. La balle, trois secondes après être sortie du canon, irait se loger entre deux côtes, aidé par sa tête en téflon, puis, atteignant l’organe, se disloquerait en fragments de quelques millimètres, déchirant la rate de l’intérieure. La structure en nanotube de carbone interdisait toute extraction chirurgicale et permettait à la balle de se briser à l’intérieure d’un corps mou, tout en restant compacte sur un corps dur.

Comme avant chaque tir, Nolan avait l’impression que le temps s’étirait jusqu’au moment fatidique. Son esprit, cependant analysait chaque seconde, à la vitesse d’un supercalculateur.

Prêt à faire feux, alors que le commando n’avait pas fait un pas depuis que Nolan l’avait dans sa visée, il remarqua un léger éclat lumineux dans sa lunette. Pris d’un doute, Nolan décida de reporter son tir afin de trouver la source de cette lumière. Pivotant légèrement sur sa gauche, il découvrit ce qui ressemblait à un petit morceau de verre concave, et un tuyau noir. Comprenant dès l’instant qu’il était lui-même la cible d’un tireur embusqué, il vérifia mentalement que sa position était sûre. Derrière un parapet, le canon d’un « Accuracy AW50 ionique » anglais le cherchait afin de le neutraliser. Nolan était à peut prêt à l’abri derrière son muret, mais le moindre mouvement le mettrait en ligne de mire de l’arme d’épaule de l’Anglais.

L’« Accuracy » étant un fusil d’une moins bonne précision que le « Lapua », Nolan savait que l’anglais ne pouvait faire mouche avec un si petit angle. Malgré tout, la puissance de tir de cette arme était redoutable à faible portée. La seule chance de survie pour Nolan était de tirer avant l’Anglais. Toujours en position de tir, il fit réapparaitre sa ligne de tir mentale et entama la phase de détente et de concentration. Une fois cette phase débutée, il perdait totalement les sens inutiles, en dehors de la vue et du touché. Soudain, le tireur d’en face bougea, il perdit sa position. Nolan en profita pour ajuster son tir et viser la tête de l’Anglais. Mais, quelque chose ne tournait pas rond. L’anglais était beaucoup trop imprudent. Quelque chose l’obligeait à bouger. C’est à ce moment que Nolan prit conscience de ce que ses oreilles avaient perçus depuis quelques secondes. Une sirène stridente hurlait au dessus de sa tête et un haut parleur braillait des consignes sans réel sens pour lui. Lorsque sa concentration de tir retomba, il comprit ce qui se passait. Un gravicoptère de l’ONU était juste au dessus du pont et le pilote donnait l’ordre à toutes les troupes de cesser le feu et de prendre contact avec leur état major. Pour que l’Onu, qui normalement n’intervenait jamais en zone de combat, se décide à stopper les opérations en cours et à demander un cessé le feu, c’est que la guerre devait avoir pris une autre tournure depuis le dernier rapport que Nolan avait fait à son commandant de section. Généralement, il se passait très exactement 12 heures entre chaque rapport, afin que les Anglais ne puissent pas trianguler sa position. Mais le prochain contact avec sa hiérarchie n’était prévu que dans 10 heures. Profitant de la cohue provoquée par l’appareil de l’Onu, il se releva et mis en route sa balise de transmission par satellite. Aussitôt, un message automatique de l’état major apparut sur l’écran de sa balise, lui demandant de se mettre à la disposition de l’Onu et de stopper toutes les actions militaires contre les troupes anglaises. Un cessé le feu général avait été décrété par les deux parties il y avait tout juste, 25 minutes et l’ordre d’évacuation était prioritaire à tous autres ordres reçus précédemment. Nolan défit donc le canon de son arme et commença à descendre du cloché. A chaque étage descendu du cloché, il voyait les troupes des deux camps se rapprocher de la place ou s’était posé le gravicoptère. L’engin était un appareil de transport de troupe. De couleur gris clair, il ne possédait pas de pales proprement dites comme les hélicoptères classiques, mais des turbines et des stabilisateurs gravitationnel lui permettant, à la fois, une navigation intra et extra atmosphérique. Son cockpit était un gros hublot de verre épais en forme de géode laissant aux pilotes une vue dans presque toutes les directions. Son ventre bombé, ou était accroché les turbines, cachait une cale blindée et sans hublot, destinée aux troupes et aux matériels. L’accès à la cale se faisait par un panneau escamotable sous la queue de l’appareil. Une fois en bas, Nolan fut surpris de voir, Anglais et Irlandais discuter sous la pluie comme si de rien n’était et les hommes de l’Onu leurs faire signe de monter à bords. Nolan se rapprocha du centre de la place et entendit quelques brides de conversation dans le bruit infernal créé par les turbines de l’appareil Onusien et par les cris des chefs de groupes mais ne compris pas la situation. Demandant à l’un de ses camarades de section qui se dirigeait, comme lui, vers l’attroupement:

  • Tu sais ce qui se passe Micka? Ils ont décrété la fin de la guerre?

  • J’crois pas. J’pense plutôt qu’ l’Amérique à décidé d’mettre son nez dans nos affaires et quelle veut pas qu’on s’batte entre nous, comme des grands. Répondit-il, avec son accent des terres.

Nolan répondit sans conviction, continuant son chemin au milieu des troupes:

  • Mouais, je me demande s’ils n’avaient pas plutôt intérêt à laisser les Anglais gagner.

Arrivé près d’un groupe hétéroclite de trois factions, Nolan pris par la manche un jeune brancardier Onusien complètement trempé:

  • Eh mon pote, tu peux nous dire ce qui se passe?

Le brancardier, qui visiblement n’était pas beaucoup plus jeune que Nolan, 16ans à peine, avait dans les yeux une frayeur et tremblait comme une feuille, mais pas forcément de froid.

  • Du calme mon gars, je ne vais pas te manger. Dis-moi seulement ce que vous foutez là et pourquoi on nous demande de partir d’ici.

  • Je ne peux rien vous dire. Dit-il sans regarder Nolan dans les yeux, ce qui de toute façon l’aurait obligé à lever la tête, car Nolan le dépassait de 20 bons centimètres. Mais si j’étais vous, je grimperais vite fais là-dedans qu’on puisse se casser le plus vite possible de cette foutue planète. Putain, je ne veux pas mourir, moi. Ajouta-t-il avant de s’engouffrer dans l’appareil.

Surpris par l’attitude du jeune onusien, Nolan fut pris dans un mouvement de foule les forçant à monter à bord, lui et Micka. Les deux camarades prirent place dans le fond de la cale ou un onusien en chef, à ce que pouvait en juger Nolan par les galons des épaules de l’homme, expliquait au groupe déjà présent à bord que la terre nécessitait une évacuation massive et rapide suite à un accident survenu dans la périphérie de mars, qui actuellement se trouvais à l’opposée de l’orbite terrestre par rapport au soleil. Interrogé sur le type d’accident qui pouvait valoir une telle évacuation, l’homme refusa de répondre prétextant un manque d’information à ce stade. Les dernières troupes entrant dans le gravicoptère, Nolan vit son sniper Anglais à l’opposé de la cale qui lui fit un clin d’œil accompagné d’un signe de la main en forme de pistolet.

  • Qu’est ce qu’y t’veux, c’ui là? Cracha fortement Micka vers l’anglais.

  • Laisse courir, lui répondit Nolan en l’empêchant d’aller régler son compte au sniper, c’est juste pour me rappeler qu’il a une balle dans son chargeur qui m’appartient et qu’il aurait aimé me la rendre tout à l’heure, dans le clocher.

  • Hein? Qu’est ce qu’tu m’raconte?

  • Oh, t’inquiète pas, j’en avais aussi une pour lui, dit Nolan en rendant le signe à l’Anglais qui lui souriait amicalement à présent.

Mais les deux hommes, même si l’étrange affaire d’évacuation les avait remis sur un pied d’égalité, n’était pas encore prêts à aller se serrer la main.

Sans prévenir, l’officier de l’ONU ferma les portes et le gravicoptère quitta le sol et pris rapidement de la vitesse. Malgré l’absence de hublot dans la cale, Nolan savait que les pilotes mettaient la gomme car subitement, les hommes qui étaient restés debout tombèrent sous l’encaissement de la gravité due à l’accélération.

Dès que tous les hommes, et les rares femmes présentes dans la cale, Nolan en avait compté 8 sur 40 ou 45 personnes, se reprirent de l’accélération, l’officier Onusien s’approcha du groupe, un papier à la main. L’homme, certainement un Français car son accent était mécanique et ses phrases mal-assurées, surpassait facilement d’une tête l’assemblée de soldats. Seul Nolan, avec son mètre 84 faisait approximativement la même taille que lui. Aussi, lorsque de sa voie grave et puissante, que laissait présagé sa carrure de militaire accomplit, il demanda le silence, chacun prit soin d’obéir sur le champ.

  • Messieurs, l’heure n’est plus aux guerres et aux conflits de frontières. Dit-il en tenant devant ses yeux son papier officiel. Certains d’entre vous étaient en train de se battre lorsque nous sommes arrivés. Mais dorénavant, tout combat autre que pour notre survie à tous est hors de propos. Puis, prenant sa respiration, il ajouta:

  • A 15h00, temps universel, un phénomène astronomique, appelé trou noir, est apparu au cœur de Mars et, en quelques minutes a complètement dévoré la planète, sans laisser aucun survivant. Les premières hypothèses de l’accident laissent penser à une expérience qui aurait mal tournée au collisionneur géant de la station expérimentale du pôle Sud Martien. Actuellement, les ondes gravitationnelles et forces de marées déforment le soleil et nous font courir le risque de voir des éruptions solaires bruler l’atmosphère de la terre. D’ici quelques heures, selon les scientifiques de l’Onu, le soleil commencera à être englouti à son tour par le trou noir. Lorsque la force de pression nucléaire à l’intérieure du soleil dépassera la gravité due à sa masse, celui-ci explosera, réduisant la terre en cendre.

Il leva enfin les yeux de sa feuille et, sans avoir, semble t’il d’ordre officiel sur ce qu’il allait maintenant dire, reprit la parole:

  • Nous sommes actuellement en orbite basse autour de la terre. Dans quelques secondes, nous allumerons les turbines pour le vol spatial et nous nous dirigerons vers le vaisseau de transfert vers Sirius B, qui actuellement est stationné au point de Lagrange entre la terre et la lune. Une fois à bord, vous recevrez de vos états-majors respectifs vos nouvelles affectations pour ce voyage qui va durer 3 ans et 8 mois en temps relatif et 8 ans en temps absolu(1). Laissant digérer l’information, l’officier fit une brève pause dans son discourt et après quelques secondes de torpeur générale repris.

  • Votre vie va changer. Profitez-en pour vous réconcilier et oublier vos pays. Il n’y a plus de pays. Il n’y a plus de frontières. Nous serons bientôt orphelins. Serrons-nous les coudes.

Sur cette phrase, il tourna les talons et quitta la cale laissant Nolan et ses nouveaux frères d’infortune dans l’atterrement de la catastrophe à venir.

(1)Car lors d’un voyage à une vitesse proche de celle de la lumière, le temps du voyageur passe plus vite que le temps d’un observateur extérieur au vaisseau.

… et du coup, me voilà en vol pour StarField, bien que ce texte de ma composition n’ait aucun rapport avec le jeu et ait été écrit il y a plus de 12 ans déjà!

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Pavé Caesar, ceux qui vont te lire te souhaitent la bienvenue :smiley:

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Seuls les plus courageux en seront capables! :sunglasses:

C’est toi qui a inventé ça ? C’est bien écrit, ça me rappelle la façon dont sont écrits les romans Halo.

Par contre les fautes d’orthographe et de grammaire gâchent tout :wink:

L’histoire est sympa, ça donne envie de connaître la suite, même si je trouve que l’histoire du trou noir est un peu abusée, j’aurais aimé une attaque extra terrestre, mais bon.

Ce que j’ai aimé surtout, c’est qu’au début on se croirait dans une guerre entre l’Irlande et l’Angleterre à l’époque de l’IRA, puis ensuite on apprend qu’on est dans le futur, et enfin on apprend qu’on n’est même pas sur Terre. Tout cela est bien amené.

Pas mal, 8/10